Poésie de biographie

 

 

 

 

 

Ceux qui souhaitent se reporter à une biographie linéaire de l'artiste consulteront Wikipedia; ils y auraient pensé sans nous!

 

 

On se bornera à reprendre quelques repères tels qu'évoqués dans les textes de Cocteau lui-même, peu avare d'autoportraits et de représentations de soi, toute œuvre constituée se révélant forcément autobiographique : étant donné l'intérêt central de notre association, on ne s'étonnera pas que l'image dérive lentement vers le sud.

Dans cette section les illustrations se concentreront sur les images de l'artiste vu par les autres, constituant les pièces d'un puzzle, comme aurait dit Joyce -à quelque chose près- d'un Portrait de l'Artiste en jeune Chien.

 Romaine brooks 2

Cocteau par Romaine Brooks, vers 1912

Cocteau par bakst           8256715231 dac29dc7c6 b laurencin 3            Amedeo modigliani portrait of jean cocteau 1

Cocteau par Léon Bakst, Marie Laurencin, Modigliani

       Bérard    

Cberardcocteau berardCocteau picasso             

 

              et Picasso            

 

 

 

 

Blanche jacques emile portrait de jean cocteau2 par J.E. Blanche    

    

Je blanche inacheve     Blanche 1913    

J'ai passé la cinquantaine. C'est dire que la mort ne doit pas avoir à faire bien longue route pour me rejoindre. La comédie est fort avancée. Il me reste peu de répliques.

(La Difficulté d'être plus loin LDE p 9 pagination dans l'édition du Livre de Poche De la conversation)

 

Je suis né le 5 juillet 1889, place Sully, à Maisons-Laffite (Seine et Oise)… Mais j'ai vite bouclé mes valises et je n'en parlerai plus.

(LDE, De mon enfance)

 

Ma famille ne m'était d'aucune aide. Elle jugeait à la réussite. Elle était dilettante et touche-à-tout.

(LDE, p 21 Du travail et de la légende)

 

 

Voir les Premiers Poèmes sur le blog

 

 

Deux circonstances m’ouvrirent les yeux. L’une c’est que la cire dont je bouchais mes oreilles a changé d’usage. Ulysse s’étonnerait d’apprendre qu’elle sert maintenant à conserver les voix des sirènes et à les répandre à travers le monde.

L’autre, c’est l’apparition dans ma trentième année, de Raymond Radiguet, lequel âgé de quinze ans, nous enseigna une forme toute neuve du respect à rendre aux institutions qui provoquaient notre indifférence ou nos sarcasmes. Certains d’entre vous — et non des moindres — peuvent témoigner que c’est vers ici qu’il les dirigea, leur démontrant que l’audace devait changer de méthode et ne pas être trop inélégamment visible.

C’était l’époque où régnaient la révolte, l’anarchie du verbe. Non seulement la mode était d’injurier les vivants, mais de cracher sur les tombes.

Radiguet fit cette découverte qu’il ne suffisait pas de contredire des habitudes, mais qu’il fallait contredire l’avant-garde. Bref, avec un masque de recul, d’aller plus vite que la vitesse. Ainsi naquirent son roman Le Diable au Corps et mes poèmes de Plain-chant.

(discours de réception à l'Académie Française 20 octobre1955)

 

Raymond Radiguet avait alors quinze ans. Erik Satie en avait presque soixante. Ces deux extrêmes m'apprirent à éclairer ma lanterne, La seule gloire dont je puisse faire parade est de m'être plié à leur enseignement.. Erik Satie a été mon maître d'école. Radiguet, mon examinateur. (LDE pp22-23)

Je rencontrai Serge de Diaghilev chez Mme Sert. De cette minute je devins un membre de la troupe… Après le scandale du Sacre, j'allai rejoindre Stravinsky à Leysin, où il soignait sa femme. J'y terminais Le Potomak, commencé à Offranville, chez J-E Blanche sous l’œil de Gide.

 

Blanche cocteau a offranville

Blanche: Cocteau à Offranville

 

Rentré à Maisons-Laffite, je décidai de me brûler ou de renaître…

Je ne conservai de moi que les cendres. Vint le guerre. Elle me trouva donc apte à éviter ses pièges, à juger ce qu'elle apporte, ce qu'elle emporte, et comment elle nous débarrasse de la sottise, occupée ailleurs, Je l'ai décrite dans Le Discours du grand Sommeil et Thomas l'Imposteur.

Je le répète, à Paris la place était libre, Nous l'occupâmes, Dès 1916 commença notre révolution. (LDE pp38-39)

 

 

Coct

Cocteau par Blanche

En 1916, lorsque j’arrivai dans l’arène, pâlissait l’aimable période des néo-impressionnistes. Après les barbiches et les chapeaux de paille. les déshabillés vaporeux dans les jardins mouchetés de soleil et d’ombre, vint l’époque dite héroïque, la nôtre, le cortège des fauves, des grands sorciers de l’art nègre, des princes noirs du tournoi cubiste, des chevaliers bardés de tôle et de papier journal. (Discours de réception à L'Académie)

 

Madrazo de ochoa

Cocteau par Madrazo de Ochoa

L'art est une sorte de scandale, un exhibitionnisme dont la seule excuse est qu'il s'exerce chez les aveugles.
(Discours d'Oxford,1956)

 

Le premier son de cloche d'une période qui commence en 1912 et ne se terminera qu'avec ma mort, me fut sonné par Diaghilev, une nuit, place de la Concorde,Nous venions de souper après le spectacle. Nijinsky boudait, à son habitude. Il marchait devant nous. Comme je l'interrogeai sur sa réserve… il s'arrêta… et me dit « Etonne-moi ! »...

 

 

Portrait of jean cocteau 1916 kissling

Cocteau par Kissling

 

 

En 1917, le soir de la première de Parade, je l'étonnai.

Cet homme, très brave, écoutait, livide, la salle furieuse. Il avait peur. Il y avait de quoi. Picasso, Satie et moi ne pouvions rejoindre les coulisses. La foule nous reconnaissait, nous menaçait. Sans Apollinaire, son uniforme et le bandage qui entourait sa tête, des femmes, armées d'épingles, nous eussent crevé les yeux, (LDE pp38-40)

 

 

 

Jeancocteauparfrancispiaf7

par Picabia

Quelques Lieux hantés

par Diego Rivera

par Christian Bérard

par Jean Hugo

dessin de Bérard dans l'appartement de la rue Vignon

 

Un hôtel hanté fut l'Hôtel Welcome à Villefranche. Il est vrai que nous le hantâmes, car rien ne l'y prédisposait. Il y avait bien la rue couverte. Il y avait bien les remparts de Vauban, et la caserne, qui, le soir, évoque les absurdes magnificences du rêve. Il y avait bien, à gauche Nice, à droite Monte-Carlo et leurs architectures sournoises. Mais l'hôtel Welcome était simplement charmant et paraissait n'avoir rien à craindre. Ses chambres étaient peintes au Ripolin. On avait passé une couche de peinture jaune sur les trompe-l’œil à l'italienne de sa façade. Le golfe abritait les escadres. Les pêcheurs réparaient les filets et dormaient au soleil.

par Dufy

Célèbre portrait par Modigliani que Cocteau lui laissa parce qu'il "ne tenait pas dans un taxi"

 

J'ai loué cette cave minuscule, prise entre le théâtre du Palais-Royal et le pâté de maisons qui se termine par la Comédie-française, en 1940, lorsque l'armée allemande marchait sur Paris. J'habitais alors l'hôtel beaujolais, à côté de Colette, et ne devais m'installer au 36 rue de Montpensier qu'en 1941, après l'exode. Les amis pour le voisinage desquels j'avais loué, un peu inconsidérément ce tunnel bizarre avaient dû fuir l'immeuble. les Berl, les Mille, les Lazareff. J'y ai vécu quatre années sous les insultes frappé dans mon oeuvre et dans ma personne. Je m'y soigne à présent par fatigue, à cause de l'impossibilité de trouver un logement convenable, à cause aussi d'un charme... que le Palais-Royal exerce sur certaines âmes. (LDE p106)

 

in Clair obscur

J’ai quarante ans vécu dans tes molles entraves

Sournoise liberté 

Pour des chambres d’hôtel je prenais les épaves 

Où j’étais emporté

Mes amis flagellés par de froides écumes 

Sont tombés à l’eau 

Je regarde la mer (et loin d’où nous vécûmes) 

Autour de mon îlot

Je les irai sous peu rejoindre dans les chambres 

D’un Terminus-Hôtel 

Car l’espace étoilé qui simule mes membres

Risque d’être immortel.

De tous mes domiciles, le plus haut fut la rue Vignon. Il était presque à l'angle de la place de la Madeleine, sous le toit, et ne se donnait pas pour agréable. Mais il y avait de la houle et du feu… Les fantômes y faisaient la queue… (LDE p79)

Jean Hugo Double portrait de Cocteau

par Man Ray (1921)

par Kiki de Montparnasse

Nos chambres devinrent, ainsi que dans Le Sang d'un Poète, des loges de théâtres d'où nous assistâmes désormais au spectacle des batailles entre les marins des unités françaises, anglaises, américaines. Christian Bérard, Georges Huguet, Glenway Wescott, Mary Butts, Monroe Wheeler, Philippe Lassel habitèrent l'hôtel. On dessina, on inventa, on se visita de chambre en chambre. Il naissait une mythologie dont Orphée résume le style Stravinsky habitait Mont-Boron. Je lui portais les textes latins d'Oedipus Rex. Il composait l'oratorio au fur et à mesure. L'hôtel se peuplait de ces invisibles qui viennent quand ils veulent et nous surveillent. Ils y mirent le drame, le vertige, le feu sacré.

On me raconte que de l'hôtel Welcome, il n'y a que les murs qui restent. C'est le triomphe final du vide. On le reconstruira sans doute. Mais que les voyageurs prennent garde. Les bombes ne tuent pas les fantômes. Il est hanté. (LDE pp83-84)

 

 

Tuer le rire chez l'homme est un crime. C'est ce qui se passe lorsqu'on le mêle aux problème politiques qui le font se prendre au sérieux et qu'on le consulte sur ce qu'il ignore... C'est aussi ce qui se passe lorsqu'on ne le consulte pas et qu'on le mène à la trique. Pierre Roy que j'interroge sur ses opinions politiques, déclare: "Je suis un anarchiste modéré." Je me demande s'il n'a pas trouvé la bonne formule et si la France n'est pas entièrement soumise à cette couleur. (LDE p127-28  Du rire)

par Dora Maar

Max Jacob me disait: "Tu n'as aucun sens de la camaraderie". il disait juste. Mieux me va le mot de Wilde à Pierre Louÿs: "Je n'ai pas d'amis. Je n'ai que des amants." Ellipse dangereuse si elle tombe dans l'oreille d'un policier ou d'un littérateur(...)

L’avion de Garros brûle. Il tombe. Jean Le Roy range mes lettres en éventail sur sa cantine. Il empoigne sa mitrailleuse. Il meurt. La typhoïde m’emporte Radiguet. Marcel Khill est tué en Alsace. La Gestapo torture Jean Desbordes. (LDE De l'amitié  pp62-3)

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