HOMMAGES

Poulenc et Cocteau

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Francis Poulenc et Cocteau sur la terrasse de Santo-Sospir (1960?)

                                            

"Par un curieux mystère, écrivait Poulenc en 1958 dans Les Lettres françaises quelques jours avant la première à l'Opéra-Comique, ce n'est qu'au bout de quarante ans d'amitié que j'ai collaboré avec Cocteau."

Le moins qu'on puisse dire de cette déclaration, c'est que Poulenc avait la mémoire courte:

 

 

 

Poulenc est mort le 30 janvier 1963. Cocteau le suivra quelques mois plus tard.

On retient surtout de leur collaboration la transformation en "tragédie lyrique" de La Voix humaine :

Couverture de la partition Ricordi

On ne trouve curieusement nulle part de mention de la première rencontre entre Poulenc et Cocteau. Les prémisses de ce qui deviendra le Groupe des six, remontent aux dîners du samedi que Cocteau lança à partir de 1916, d'abord dans l'appartement de Milhaud (Lire un résumé des Samedis de Montmartre sur Leonicat) qui allait bientôt suivre Claudel, pour trois ans en qualité de secrétaire d'Ambassade en Amérique du sud.

Autour de Satie se réunit le groupe des Nouveaux Jeunes, compositeur fraîchement issus du conservatoire (Poulenc s'est fait virer en décembre 1917, après la création de sa Rhapsodie Nègre. De 1918 à 1922, il se perfectionnera techniquement avec les leçons privées de Charles Koechlin). Le premier concert officiel de ces Nouveaux jeunes, a lieu le 15 janvier 1918 au Théâtre du Vieux Colombier, le groupe est alors constitué de Georges Auric, Louis Durey, Alexis Roland-Manuel, Germaine Tailleferre -de son vrai nom Taillefesse- et Arthur Honegger. Quand Poulenc les rejoint en septembre 1918, pour le concert de la salle Huygens, il est déjà proche d'Auric (dont il se plait à souligner qu'il le considère comme son frère -cadet de trois semaines- )  rencontré lors de leçons de piano avec Ricardo Vines.

A partir de janvier 1918, Cocteau travaille -après Parade- sur un nouveau projet de ballet USA Ange de New York, (un temps devenu Transatlantique et Atlantique, symphonie chantée) pour lequel il sollicite d'Auric deux danses et une chanson qui ne verront jamais le jour. Il y reprend l'idée du spectacle de fête foraine et des "boîtes à voix" déjà soumises à Stravinsky pour un David avorté.

Comme ce sera le cas dans Le Coq et l'Arlequin (publication 1919, qui passera pour le manifeste des Six) l'esthétique foraine et le Music Hall  ("Nous voulons une musique américaine française") sont au centre des préoccupations. Dans le même temps la petite communauté des SAM (samedistes, Société d'Admiration Mutuelle) émigre vers le Gaya, rue Boissy d'Anglas ("bar-lavabo" aux carrelages bleus, ancienne boutique de vins portugais) qui deviendra au fil de ses déménagement le célèbre Boeuf sur le toit).

C'est alors que survient la première collaboration aboutie entre Poulenc et Cocteau, la chanson de cabaret Toréador.

Constitution du Groupe des Six

Le 21 février 1920, Cocteau présente au Théâtre des Champs-Elysées, sous le patronage du compte Etienne de Beaumont, un premier "spectacle d'avant-garde" dont le programme comporte une Ouverture de Poulenc, Adieu New York, fox-trott d'Auric, seul rescapé d'USA Ange de New York, (dont la chorégraphie est confiée par Cocteau à deux clowns de Médrano), Cocardes, trois mélodies de Poulenc sur des textes de Cocteau, Trois pièces montées de Satie, et enfin le ballet-pantomime de Milhaud, Le Boeuf sur le toit (précédemment Cinéma-Fantaisie, puis Nothing-happens Bar) où se meuvent lentement, portant de grosses têtes de Carnaval, un boxeur nègre qui joue du saxophone, une grosse dame rousse aux manières masculines, un bookmaker, un monsieur en habit qu'aucune situation ne parvient à étonner, même quand le policier survenu pour régler leurs différents et l'addition se fait trancher le cou par un ventilateur mécanique.

Milk-bar, le décors de Dufy

 

 

 

Les six en 1929

Les costumes de Fauconnet (archives Milhaud)

 

Le concert de février 1920 demeure l'acte de naissance des SIX, puisque c'est Henri Collet, critique de Commoedia, qui les les affublera de ce sobriquet (sur le conseil publicitaire de Cocteau pense-t-on).

 

Sur le tableau célèbre de Jacques-Emile Blanche, c'est bien Germaine Tailleferre qui est au milieu, genou sur la chaise, la dame au premier plan étant la pianiste Marcelle Meyer:

 

Début de la présentation du Groupe par Cocteau

 

La seule collaboration effective des Six à six reste l'Album de courtes pièces pour piano parues en 1920.

Le succès du spectacle du Boeuf sur le toit pousse d'autres artistes à se mêler au groupe. Les 24-25 et 26 mai 1921 un spectacle de Théâtre-Bouffe a lieu au Théâtre Michel. Le spectacle est un four.

 

Un mois après, le 18 juin 1921 sont montés de nouveau au théâtres des Champs-Elysées,  Les Mariés de la Tour Eiffel (ou La Noce massacrée),  petit chef-d'oeuvre littéraire, où Cocteau parviendra à faire aboutir dans les personnages de l'appareil-photo et du phonographe, son obsession des "boîtes-parlantes" narrant l'action. (Divers manuscrits du texte original font apparaître Radiguet et Auric comme co-auteurs...)

 

Les Six sont désormais cinq, Louis Durey ayant quitté le groupe quatre jours avant la générale, prétendant être malade, son esthétique personnelle lui faisant redouter de participer à pareille farce. La partie qui lui avait été dévolue, Valse des dépêches, échoit à Germaine Tailleferre.

Le banquet des Mariés de La Tour Eiffel (archives Poulenc, annoté par le compositeur)

Les Mariés connaîtront un grand succès. Ils seront même montés à New York en 1923. Le défaut d'enregistrement s'explique par la perte du matériel d'orchestre, qui sera retrouvé miraculeusement en 1956 dans les archives du musée de la danse de Stockholm. Un seul numéro manque, la Fugue du Massacre, que Milhaud recomposera en 1971, soit cinq ans avant le premier enregistrement historique qu'il en dirige en 1966.

Aperçu de la mise en scène d'origine

Cinq des Six sur la Tour

Reconstitution des Six en 1957

Dissolution du groupe des six

 

Satie, qui leur avait consacré une conférence en 1921 constate, en 1923 qu'il n'y a plus de groupe des Six; il affirme même: « Les Six sont Auric, Milhaud et Poulenc. » et après une rupture, due au rapprochement entre Auric, Cocteau et le critique Louis Laloy (chantre de Debussy, co-auteur avec Cocteau du livret des Facheux, ballet d'Auric, Monte Carlo 1923)  inspire un autre mouvement appelé École d'Arcueil, composé d' Henri Sauguet, Maxime Jacob, Henri Cliquet-Pleyel (lesquels produisirent malgré tout des mélodies sur des poèmes de Cocteau) et Roger Desormières . Ce groupe sera encore plus éphémère encore que celui des Six.

Avec Les Matelots d'Auric ( livret Boris Kochno,ballet Monte Carlo 1924) la rupture est consommée. Cocteau reçoit la dédicace le 3 novembre 1925:

A mon cher Jean Cocteau, ces Matelots où il retrouvera les clairons de Villefranche, son ami Georges Auric.

Pedro Pruna rideau de scène des Matelots

 

Si le recueil Vocabulaire (1922) est dédié aux Six, sans en parler, c'est dans le suivant Plain-Chant (1923) qu'on lit

 

Auric, Milhaud, Poulenc, Tailleferre, Honneger,

J'ai mis votre bouquet dans l'eau du même vase,

Et vous ai chèrement tortillés par la base,

Tous libres de choisir votre chemin en l'air.

 

Or, chacun étoilant d'autres feux sa fusée,

Qui laisse choir ailleurs son musical arceau,

Me sera quelque jour la gloire refusée

D'être le gardien nocturne du faisceau.

 

Je n'imite la rose et sa douce lancette

Aspirant goulûment le sang du rossignol,

Et montre de mon coeur la profonde recette,

Pour que ces amis-là puissent prendre leur vol.

 

En 1936 Poulenc met en musique un cycle de mélodies issues de Plain-Chant (il en écrit 4 de six). Bernac raconte comment il les jeta au feu, lui promettant mieux, hélas, les pauvres poèmes d'Eluard! ou comment perdre un chef d'oeuvre pour le troquer contre l'esprit du caniveau. Aragon écrira "la proie pour l'ombre". Partie remise!

De La Voix humaine, on ne dira rien, cela se trouve sous le pied du premier cheval. Reste une pièce maîtresse de la collaboration Cocteau-Poulenc, conçue comme un diptyque avec la précédente: La Dame de Monte-Carlo, conçue à l'origine pour Marianne Oswald, pilier du répertoire, dernière collaboration entre les deux génies destinés à sombrer tous deux dans la bigoterie, Poulenc par la mort de Pierre-Octave Ferroud écrasé sur une route de Hongrie, Cocteau on ne sait guère pourquoi, souvenir peut-être des débats de jeunesse avec Maritain qui nous avait déjà soustrait Maxime Jacob...

 

Commentaires (1)

jennifer stinton
  • 1. jennifer stinton (site web) | 27/02/2017
I love everything to do with Les Sx, Jean Cocteau etc......Paris in the 1880's to 1960's,,,,,,,

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