Correspondance

"La vie épistolaire ressemble à celle du sommeil. Elle se déroule en marge de celle des oeuvres et des groupes. Soudain elle se montre après la mort. Contrairement aux récits de rêves qui se fanent dans le règne de la veille, comme les plantes de mer qu'on sort de l'eau, les lettres commencent à vivre dans l'inactualité."

Jean Cocteau (cité par Jacques Biagini en épigraphe de l'introduction de son ouvrage, Jean Cocteau... de Villefranche sur Mer p7)

 

Lettre de Cocteau à Apollinaire à propos des Mamelles de Tirésias :

 

Enveloppe d'une lettre adressée par Cocteau à Guillaume Apollinaire.

A la mort d’Apollinaire, le 9 novembre 1918, Jean Cocteau écrit au poète André Salmon :

 

Samedi minuit 9 novembre

Mon cher André

Le pauvre Apollinaire est mort. Picasso est trop triste pour écrire, il me demande de le faire et de m’occuper des notes des journaux. Je n’en ai aucune habitude. Voulez-vous être assez bon pour vous en charger ?

Apollinaire ne s’est pas vu mourir. Mon docteur espérait le sauver, mais il avait les deux poumons atteints. C’est une grande tristesse. Il est parvenu à vivre par un miracle d’énergie jusqu’à 5 h.

Son visage est calme et tout jeune

Je vous embrasse

Jean Cocteau

 Pour le programme Cocteau avait écrit le poème Zèbre (qui inspirera à Poulenc un scherzo pour 2 pianos, perdu ou détruit). La critique ironique en attribuant la paternité à un certain "Jean Locteu" -anagramme imparfait- cite:

 

Sous les majuscules

du fouet rue

la mule fardée comme un oeil...

Conclusion

Le diable à Médrano

Tonnelle hermaphrodite

 

La correspondance entre Cocteau et Apollinaire est réunie dans un volume qui comprend aussi celle d'Apollinaire et Jean Le Roy

Au même Apollinaire, Picasso adressa de nombreuses cartes illustrées

Il en va de même avec Cocteau:

 

 

La rupture entre Cocteau et DADA, est rendue publique par la correspondance. Ici, carte représentant le cheval de Parade (costume de Picasso) adressée à Picabia, doublée par la carte-collage à Tzara où Cocteau chevauche le même cheval.

 

 

Ci-contre le texte du règlement de compte postal entre Picabia et Cocteau

Au moment de Parade, la lettre illustrée devient une sorte de jeu entre lettrés et peintres:

Lettre à Lucien Daudet: 16 juillet 1922

A Paul Valéry, 1924, variation sur un portrait de Jean l'Oiseleur

Cocteau demeure un des derniers grands épistoliers du 20è siècle: innombrables sont ses missives illustrées.

A Nathalie Paley 1932

 "Le chercheur dort: Je t'aime. Mes tentatives dans un sens qui te déplaît n'avaient aucune base égoïste, mon seul mobile était de te sauver de ce que ma conscience profonde trouve de mal et de te projeter dans ce que je trouve de bien. Mais si j'échoue et que tu suives la pente, fût-elle une pente facile, mon amour restera pareil et je t'attendrai sans l'ombre d'une ombre sur mon coeur. J'ai été un peu triste du silence et d'apprendre tes dates de voyage et ton adresse par les autres. Ceci "bicause franchise". Sinon je me porte à merveille, j'essaye d'accumuler des forces et le moindre détail de ma vie se tisse autour de toi. Je baise longuement ma "petite bouche carrée et les cheveux d'arbre de Noël". Fais signe. Rien qu'une dépêche. Je t'adore..."

 

Deux volumes regroupent les lettres de Cocteau à sa mère:                                       

                                                                                                                                        

 

Lettres à Jean-Marie Magnan

 

rédacteur-correcteur de La Corrida du 1er mai

 

Lettres à Jean Marais

 

En tête du volume la reproduction du premier portrait par Marais de Cocteau (en noir et blanc)

 

 

et ce poème de 1938

 

Il le faut d'amour trait par trait

Il le faut plus vrai que ma vie

Te poser est ma seule envie

Je veux devenir ton portrait.

 

Je saurai me tenir raide comme la rose

Comme elle armé, comme elle immobile et frisé

Et quand j'aurais fini la pose

Que le modèle soit brisé.

 

Je veux n'être de moi que ce qu'il imagine

Le peintre, l'acteurn le choeur, le pur, l'ange Michel

Et qu'on ne sache plus qu'un ange à l'origine

Etait ce portrait d'astre et de romanichel.

Lettres à Milorad

un des derniers correspondants de Cocteau. Riches, profonds et émouvants échanges.

 

lettre 202è et dernière: 7 juillet 1963, Milly-la-Forêt

Mon cher amilorad

Je suis encore bien malade et il faudra des mois et des mois pour que les forces qui m'emploient cessent de me haïr. Pense à moi et ouvre "le Requiem" n'importe où. Tu verras que c'était mon adieu. Mais le cœur reste solide pour ceux que j'aime et qui ne lisent pas mes astres dans le journal.

La médecine me soigne à Milly -car il serait atroce d'abandonner ceux qui préparent mes sarcophages et mes masques d'or "Menton-Cap d'Ail- Fréjus" -bien que Soulié ne me laisse guère d'espoir en face de ce problème.

Ton Jean

*

Salut fidèle à ta mère et à nos camarades.

 

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau