Violette Morris

Cocteau mobilise Chanel pour l'envoi de cadeaux à la compagnie de Marais en mal de vêtements chauds. Il cherche, en vain à obtenir un laissez-passer pour se rendre à Montdidier ou stationne le régiment de Marais. Tous les amis se défilent pour l'y conduire, sauf la maîtresse d'Yvonne:

         

 

Il arriva enfin, conduit par Violette Morris. Coureur automobile, elle s'était fait couper les seins sous prétexte qu'ils la gênaient pour conduire. Les cheveux coupés en brosse, elle portait des costumes d'homme. On m'annonça que Jean et mon frère étaient là. Ils avaient pris Violette pour mon frère. (Jean Marais)

Même à propos d'Yvonne de Bray, les biographes mentionnent rarement le personnage de Violette Morris, en raison de sa trajectoire pour le moins atypique. Cocteau lui avait réservé un petit rôle dans Les Monstres sacrés.

       

Ce portrait, dans le style de Cocteau est-il authentique?

Violette Morris que Cocteau décrit comme charmante durant son séjour sur le Scarabée, défraya la chronique, notamment en décembre 1937 (au lendemain de Noël), lorsqu'elle tira, à bord de la péniche, plusieurs coups de revolver sur un légionnaire; elle fut acquittée de ce meurtre, son avocat étant parvenu à prouver qu'elle s'était débarrassée en légitime défense d'un maître-chanteur menaçant. Ce n'était que le début de ses relations avec la pègre.

 

Violette Morris, décorée pour son héroïsme pendant la première guerre, fut dès l'âge de 15 ans une figure unique du monde sportif féminin: championne de boxe, de lancer de poids, de javelot, de lutte, de natation, de polo, de plongeon de haut-vol, d'équitation, de tennis, joueuse et entraineuse de football, aviatrice et vainqueur de plusieurs rallies automobiles, son destin commença à basculer en 1928, lorsque les fédérations sportives lui interdirent de participer aux Jeux Olympiques d'Amsterdam (les premiers ouverts aux femmes) pour conduite indécente, et sous prétexte qu'elle s'affichait en pantalon. Elle perdit le procès qu'elle leur intenta. Ses commentaires sur le jugement traduisent l'aigreur légitime qu'elle en conçut:

 

 « Et on vient dire, la bouche en cul de poule : mais elle s’habille en homme, mais elle boxe un connard d’officiel qui arbitre à tort et à travers, mais elle se balade à poil dans les vestiaires, comme si ce n’était pas justement réservé à ça, mais elle ‘dévergonde’ nos filles ! Tout ça parce qu’un jour j’ai roulé un patin à une môme qui me collait au train ! Elle se disait amoureuse de moi, ça arrive, figure-toi, ces choses-là. Mais je n’ai jamais débauché personne de force. » 

 « Nous vivons dans un pays pourri par le fric et les scandales (…) gouverné par des phraseurs, des magouilleurs et des trouillards. Ce pays de petites gens n’est pas digne de ses aînés, pas digne de survivre. Un jour, sa décadence l’amènera au rang d’esclave, mais moi, si je suis toujours là, je ne ferai pas partie des esclaves. Crois-moi, ce n’est pas dans mon tempérament ». 

(Source:  http://raymond-ruffin.over-blog.com/pages/Violette_Morris-2253930.html )

Interdite de stade dans les années 30, elle tente une reconversion dans le music-hall. De nombreuses photos la montrent en compagnie de Josephine Baker, mais la plus célèbre est le cliché de Brassaï, Couple de lesbiennes au monocle, pris en 1932 dans une boîte de nuit interlope.

               

 

Admise à participer aux Jeux de Munich en 1936, elle aurait été à cette occasion recrutée par les services secrets allemands à qui elle aurait vendu de nombreux secrets militaires sur la défense de Paris et le char de combat Renault.

Dès les premiers jours de l'occupation, on la retrouve rue Lauriston où elle participe activement aux séances de tortures, héritant le surnom de "hyène de la Gestapo". Si les controverses se poursuivent sur l'étendue de ses exactions, il demeure certains que son habilité à placer des agents dans divers réseaux de résistance pour les faire tomber, et les pertes qu'elle causa poussent les anglais à donner l'ordre de l'exécuter coûte que coûte; elle échappe à plusieurs traquenards jusqu'à ce que les services gaullistes réclament son élimination en urgence. Elle sera effectivement mitraillée sur une route de l'Eure le 26 avril 1944 par des membres de la section Surcouf du maquis normand.

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