Roland Garros

 

Dans Guynemer, l'Ange de la Mort, Jules Roy écrit:

Le Cocteau de cette époque semble le prospecteur et l'inspirateur de l'héroïsme. Il est très bleu-blanc-rouge, fasciné par l'aviation et les jeunes pilotes, il devient en quelque sorte traqueur d'anges. En novembre 1914, il a découvert Roland Garros, mais oui, celui du stade, il leur arrive de dîner ensemble, pas n'importe où, à l'hôtel Meurice, chez Maxim's ou chez Prunier. Avec quel argent? Peu importe. Garros s'endort parfois sous le piano, rien ne compte, on est en guerre.

Le côté "bleu-blanc-rouge" de Cocteau est sans doute contestable. Cocteau a été écarté de la conscription, il a rejoint un régiment de fusiliers-marins pour lesquels il s'est improvisé ambulancier, dans la clandestinité. Son uniforme est "de fantaisie", dessiné par Poiret. Garros, en tant qu'originaire des îles, a dû s'engager comme volontaire, quoiqu'il soit déjà multi-recordman du monde de hauteur et le premier à avoir réussi la traversée de la Méditerranée dès 1913. Ce statut pourrait expliquer en partie leur accointance.

Jules Roy poursuit: Garros, né à La Réunion, est beau, courageux, génial, simple; aimé de la mort, il aime les dames...

Pour bien écrite que soit la phrase, elle occulte par son autorité incontestable, une partie de la vérité: Garros aime certaines femmes, qui aiment certains hommes. La rencontre entre Garros et Cocteau a eu lieu par l'entremise de Misia (ex-Natanson, à l'époque Edwards, future Sert) Godebska, muse des peintres et des musiciens (dédicataire de La Valse de Ravel).

Dans ses Mémoires elle rapporte sa promenade avec Garros: "Vêtue du plus curieux accoutrement, je pris place avec lui dans un de ces fragiles engins qu'on eût pu justement appeler "Trompe-la-Mort". Il voulut m'éblouir par sa science aéronautique en me faisant toutes sortes de démonstrations de "loopings, et je n'ai jamais eu si peu de ma vie. Sortie verte et décomposée de cette aventure, je mis plusieurs jours à m'en remettre... Depuis longtemps, déjà, je lisais sur son visage qu'il était marqué par la mort. Dès son troisième vol, il fut tué".

 

Isidora Duncan (future Mme Essenine...) fait sensiblement la même remarque dans son autobiographie intitulée "My Life" (New York-1927) Paris, septembre 1918 : "Tous les matins, à cinq heures, nous étions réveillés par le brutal boum de la Grosse Bertha , prélude à un jour sinistre qui nous apportait de nombreuses nouvelles terribles du Front. La mort, les flots de sang, la boucherie emplissaient ces heures misérables, et, à la nuit, c’étaient les sirènes annonçant les raids aériens. Un merveilleux souvenir de cette époque est ma rencontre avec le fameux "As" (*) Garros dans le salon d’une amie, lorsqu’il se mit au piano pour jouer du Chopin et que je dansai. Il me ramena à pied de Passy (**) à mon hôtel du Quai d’Orsay. Il y eut un raid aérien, que nous regardâmes en spectateurs, et pendant lequel je dansai pour lui sur la place de la Concorde - Lui, assis sur la margelle d’une fontaine, m’applaudissait, ses yeux noirs mélancoliques brillant du feu des fusées qui tombaient et explosaient non loin de nous. Il me dit cette nuit qu’il ne pensait à et ne souhaitait que la mort. Peu après, l’Ange des Héros l’a saisi et l’a transporté ailleurs".

(*) Roland Garros n'était titulaire que de quatre victoires et ne devrait normalement pas être qualifié d'"As", titre réservé aux pilotes ayant accumulé cinq victoires. (**) : erreur de l'auteur, car il s'agit du salon de Misia Edwards situé quai Voltaire.

 

Avant que Misia n'y monte, Cocteau avait aussi fait la promenade au-dessus de Paris et de sa banlieue dans le Morane de Roland Garros. Son frère aîné Paul, était lui-même l'un des pionniers de l'aviation militaire. Le 31 janvier 1916, Cocteau, dans les tranchées de Nieuport ou Dixmude, écrit à sa mère:

"Imagine ce que je retrouve dans mes mots d'il y a deux semaines: "Rêvé que j'étais en aéroplane avec Paul. Il me disait: Tu vois ce bateau, maman est à bord et elle nous cherche, il vaut mieux redescendre." 

 

Jules Roy: il (Roland Garros) donne le baptême de l'air à Cocteau qui se décrit comme un aviateur de l'encre "taquinant l'éternité". D'après le constructeur Voisin, Garros est un oiseau qui ne sait pas comment il vole. Cocteau le voit comme une linotte, avec une ravissante tête. Cocteau, c'est Virgile; Garros, Dante avec de la moustache, un chandail à col roulé et une casquette retournée, qui chevauche Pégase vers la lune avec une douceur rêveuse."

Du souvenir de cette balade, Cocteau fera Le petit aviateur (1917) portrait de Roland Garros, représentation à la Delauney du héros -sans visage, peut-être de lui-même...

 

Dédicace


Garros je te

                Garros        ici

                                   nous



toi        Garros

Plus rien que ce silence noir



Morane



Un déjeuner à Villa Coublay



On voit dans un stéréoscope

toutes tes photographies      ...



                         Accroche-toi bien Garros

accroche-toi bien à mon épaule



Dante et Virgile

au bord du gouffre

 

 

Je t'emporte à mon tour

aviateur de l'encre

                         moi

 

 

et voici mes loopings

et mes records d'altitude

 

Les études montrent le déplacement du paysage: Bergère, O Tour Eiffel... Apollinaire vivait encore.

Chant du Paveur

 

L'eau coule sous les ponts jamais désaltérés

 

 

     Parcs 

     d'aérostats verts

     jeunes arbres gonflés d'oxygène

                              le printemps rit

                              cachant ses explosifs



                                                                                          Je pars

                                                               ô Tour Eiffel     arlequin  

                                                                 cage des oiseaux bleus



          Affiches

     

     Les nuages     les péniches


     l'ananas au chignon de tôle


                                Trocadéro



Le paon vert d'arrosage asperge les baleines

toute la basse-cour se sauve

KUB        BYYRH        BYRRH

                  PETIT JOURNAL

 

Guignol déchaîne un rire d'arbre

 

                     Onze heures

 

Un jeune ouvrier aux bras nus

pave        il enfonce

la grosse mosaïque

il rabote le cube et

l'enfonce

entre les cubes sagement joints

du parquet fauve     


                   PIANOS A. BORD   ....

Dans le champs littéraire, Cocteau créera Le Cap de Bonne-Espérance, moderne poème épique, dans la veine du Coup de dé de Mallarmé, déjà cité plus haut.

 

L'invitation à la Mort (premier vol avec Garros)



La course inverse d'un oiseau

te fait constater ta vitesse



Alors



dans ce cyclone

si tu veux toucher l'épaule du pilote

 

 

une rafale

 

 

et ton geste mort s'attarde

                        scaphandrier qui pioche

                   au fond de l'eau



                                                                 Petites routes

                                                                    petites forêts

                                                                   petite ferme

                                                           petit quoi? lac

                                                           est-ce un lac cela

                                                               miroite

                                                                    c'est un

                                                                     lac

 

 


Le mystère Garros

Il apparaît que nous sommes plus d'un, pour qui se soucie encore de Roland à nous poser quelques questions:

I am sorry I am writing in English, but my French is too bad. I would like to know if there are any information if Garros was homosexual. He had a close friendship with Cocteau, who even dedicated a poem to him. I wrote an article about Emond Audemars. He never married, like Garros, and they were best friends and pilots. Audemars never drove an airplane again after Garros died. This sounds to me like big grief.

(Réponse)

Salut,

Ce n'est pas parce que tu as des amis -- ouvertement -- homosexuels que tu es nécessairement homosexuel. Il a partagé sa vie avec une femme et ses biographes ont insisté sur la force de cette relation qui a duré dans le temps (cf Quellennec et Ajalbert) L'amitié est l'une des choses les plus importante pour un pilote. Il était ami avec beaucoup, même si Audemars devait être celui dont il était le plus proche. Je suis de la famille Garros (et je n'ai aucun problème avec des orientations sexuelles différentes et certains membres de la famille sont ouvertement gay) et je n'ai jamais été au courant de quoi que ce soit qui m'aurait mis un doute sur son orientation sexuelle. (Je ne peux pas le confirmer avec certitude dans un sens comme dans l'autre).

Thibaut. Tcauterman

 

Bon, soit, désolé Thibaut. Dans la phrase de la Difficulté d'être, Roland Garros apparaît, sans qu'il le spécifie -mais il n'en cite pas d'autres- parmi les amants de Cocteau. Sans doute cela ne suffit pas, mais on reviendra à sa "femme" peu après.

 

Le Journal de Roland Garros

 

Dans le Lotissement du ciel, de Blaise Cendrars (1948), on découvre le passage suivant :

Le Journal de Garros est le document le plus extraordinaire, le plus pittoresque et le plus vivant que l’on puisse lire sur les débuts de l’aviation en France et à travers le monde. Une centaine de pages sont consacrées aux exhibitions que Garros s’est trouvé dans l’obligation d’aller faire dans un cirque aux États-Unis pour gagner de l’argent, vu que sa famille lui avait coupé les vivres pour rappeler Roland à l’ordre, et il donne cent portraits d’extravagants qui se passionnèrent d’un seul coup pour les choses de l’air et qui voulaient devenir pilotes : des cow-boys, des financiers, des mécanos, des ivrognes, des femmes, toutes plus ou moins toquées qui voulaient subir au moins le baptême de l’air et qui l’entraînaient dans toutes sortes d’aventures qui se terminaient généralement dans des bars aux fulgurants cocktails (les premiers !) que Garros énumère avec éblouissement, ainsi que sa formation de pilote d’élite sorti indemne des mille et un risques courus et des innombrables chutes d’un casseur de bois. Ce Journal est toujours inédit. Garros l’a fait taper à cinq exemplaires et l’a remis personnellement à cinq de ses amis, pour la plupart de ses anciens compagnons d’aventures à La Nouvelle-Orléans, à Mexico, à La Havane, sous la condition expresse de ne jamais le publier ni de le communiquer à la presse. J’avais tout de même réussi à entrer en possession de l’un de ces cinq exemplaires mais il a disparu, ainsi que tous mes autres papiers, lors du pillage de ma maison des champs en Seine-et-Oise fin juin 40. Mon exemplaire était un manuscrit de 286 feuillets soigneusement dactylographiés au recto et au verso, sur un papier de Hollande, d’un petit format écu, genre papier à lettres d’une femme du monde ou du demi, sans interligne, sans paragraphes et sans marge aucune, de la dactylographie en bloc, du travail consistant, comme bétonné, sans une faute, sans une rature. De l’ouvrage bien faite. Je n’ai jamais vu un tel boulot. Raconter de qui je le tenais serait écrire un roman. Peut-être le ferai-je un jour ; mais rien n’est moins certain. Ah ! si Ajalbert avait connu ça, que n’en aurait-il pas fabriqué, ce furieux ! Et cette page d’un humour si tranquille et d’une si belle maîtrise de soi quand Roland raconte comment il fuma une cigarette, couché à l’ombre, sous l’aile de son avion, dégustant seul son triomphe, souriant de plaisir, contemplant la mer, couché sur le sable chaud où il s’était posé, avant de remonter à bord et de repartir pour aller se faire contrôler et chronométrer par les officiels, à Tunis, et de leur annoncer par sa présence qu’il venait de franchir la Méditerranée. Le premier !

C’est à la page 77 et 78 de l’édition de poche Folio.

Que faut-il en penser ? Ce journal de Roland Garros existe-t-il réellement ? A-t-il été évoqué par d’autres personnes ? En a-t-on gardé quelque trace ?

 

 

En 1918, quelques jours avant la mort de Roland Garros, Cocteau accepte, "par amitié pour les aviateurs" de rédiger le texte d'une plaquette de propagande Dans le ciel de la Patrie: les illustrations de Benito Garcia mi-futuriste, mi-cubistes vont durablement le marquer, en même temps qu'il échafaude certains des thèmes récurrents de sa mythologie personnelle:

 

 

Cocteau Portrait cubiste de Picasso (1917)

 

En 1951, lors d'une interview avec André Parinaud, Cocteau accepte de revenir sur quelques détails, devenus historiques, de l'invention de la mitraillette destinée à tirer à travers l'hélice de l'avion.

Toujours la même chose. Garros, évidemment, est pour moi un héros, mais Garros est surtout pour moi un ami de toutes les minutes. Ce que Garros avait d’admirable, c’est qu’il avait peur. Il avait peur quand il montait dans la carlingue. C’’est un homme qui dominait sa peur, le héros véritable à mon sens. C’est inutile de vous faire l’éloge de Garros, vous le connaissez tous, mais je peux vous dire comment Garros a inventé le tir à travers l’hélice. J’avais fait avec Garros toutes les acrobaties dans le vieux Morane, et un jour qu’il était chez moi avec Morane, - Morane était toujours enveloppé dans des fourrures, cassé en miettes, il avait fait mille chutes – ils virent une photographie de Verlaine, la photographie justement qu’avait fait faire Montesquiou, de chez Otto, avec le cache-nez persan, et cette photographie derrière un ventilateur, sur ma cheminée. Et Morane dit à Garros : « C’est drôle, on voit une photographie derrière un ventilateur, il y a des regards qui passent et des regards qui ne passent pas. On pourrait peut-être faire passer des balles à travers une hélice et être seul sur un avion. » Nous avons alors imaginé de blinder l’hélice avec un blindage triangulaire, certaines balles passaient comme certains regards qui traversaient le ventilateur et qui voyaient la photographie de Verlaine et des balles qui ne passaient pas glissaient sur le blindage et s’échappaient à gauche et à droite. Nous n’avions pas encore inventé le synchronisme. Cet appareil a été cassé par un orage sur le front, un hangar s’étant écroulé dessus et on a décommandé les avions à Morane. L’ordonnance de Garros qui le voyait très triste lui a refabriqué un appareil de cette sorte avec un biplace où il était seul, et c’est sur ce biplace qu’il est tombé en Allemagne. Il s’est caché chez des paysans, l’appareil brûlait, il s’est vu dans une situation tragique puisqu’on lui demandait où était l’autre, il aurait fallu faire fusiller du monde s’il avait dit « deux », car on aurait cherché ce « deux » et il était seul, et les Allemands ont découvert dans les cendres le blindage triangulaire et ils firent ainsi le Fokker. Voilà.

 

Venons-en maintenant à Marcelle Gorge, que la postérité nommera Marcelle Garros quoiqu'elle n'ait jamais été officiellement unie à son héros de pseudo-mari:

 


Parabole de l'Enfant prodigue

 

 

Le groupe des officiers de marine

et la jeune femme au manteau de skunks 

                       L'angoisse s'enfonce

                       dans les poitrines

                                                                       ...


Fourure     étoupe     esquimau



Le pilote

rabat du cuir sur ses oreilles

se gante

            calme

            sûr

L'appareil Morane aux pièces neuves

Il vérifie

en proue l'hélice rouge

qui peut se fendre



en poupe la queue la rame les roues

les vis        le réservoir

sans un mot

prévoir le moindre accident



Cigarette



L'escadre du matin

                 manœuvre        à l'occident

 

 

Il va falloir que je parte



Une ceinture autour des reins

la bosse d'opossum

la carte et la route à l'encre sur

les îles jaunes

boussole



Les deux jeunes marins bien émus

qui traversèrent pourtant des bourrasques

où on ne pouvait pas jeter l'ancre

        Sourire

        à ces captifs du sol

et les adieux à la petite

avant le masque        un mutisme

                  d'aquarium

de cinématographe        d'hypnose

de chloroforme

 

 

 

Roland Garros n'est pas mort depuis six mois que Marcelle vend précipitamment l'appartement qu'elle occupait avec lui rue Lalo pour s'enfuir avec sa maîtresse Mireille Havet par le Train bleu, vers Marseille, avant de se fixer à Villefranche sur Mer, dans une villa qu'elle louent "Le petit Hermitage" et qu'elle occupent les cinq années suivantes. Mireille Havet est un grand écrivain, en dépit du peu de choses qui nous restent, un roman Carnaval, l'autre perdu, des contes fantastiques comme La Maison dans l'Oeil du Chat, deux recueils de poèmes, les premiers publiés sur la recommandation d'Apollinaire, et surtout l'abondant journal retrouvé en 1995. Dans le sillage d'Emilienne d'Alençon, elle est devenue opiomane et c'est peut-être par elle que Cocteau (et Radiguet qui fréquentait ses soirées bien avant sa liaison avec Marcelle) ont goûté à la drogue interdite depuis 1916. D'après le journal de Mireille Havet, il semblerait qu'elle ait été avertie de la mort de Radiguet avant Cocteau, et que les bons soins du couple qu'elle formait avec Marcelle l'ait attiré pour la première fois à Villefranche.

 

Cocteau à sa mère, 24 mars 1924:

Je passe 4 jours chez Marcelle Garros très bonne et qui supporte mes yeux à l'envers. Ensuite je suis à Monte Carlo terminer ma tâche avec Diaghilev (Les Fâcheux et les Biches)... et je rentre.

 

Selon Jacques Biagini (in Cocteau de Villefranche-sur-Mer): Liane de Pougy dans "Mes Cahiers bleus", commente ainsi la situation: "Quant à Cocteau, il a besoin d'aimer!  Fou de douleur à la mort de Radiguet il adore cette gentille et menue petite Garros. Elle, c'est une charmante petite créature qui s'est intoxiquée de littérature en vivant avec Mireille Havet Jean l'a chantée dans ses vers, de même qu'il a chanté Garros, ce magnifique enfant dans Le Cap de Bonne-Espérance."

Bien que Cocteau n'en parle pas, il se pourrait qu'il ait été reçu au Petit Hermitage... Dans les lettres à sa mère qui suivent après avoir parlé de "villa impossible pour cause de propriétaire odieuse" il qualifie de "très bonne maison" la Pension Villa Le Calme d'où sont envoyées ses lettres à partir de fin juillet (1924)

 

"Le crépuscule blanc descend sur la mer où le spectre des montagnes navigue encore. Je m'en vais. Adieu Villefranche, flore du sud, pays des aloès, des oranges, des oeillets, des casinos. Trois années déjà, j'ai laissé ici un peu de mon coeur... J'entends dans la douceur du soir, comme autrefois où j'étais poète et que je n'avais pas d'autre amour, les cris des enfants et ceux plus aigus des chats amoureux. L'écho des tramways qui tournent la corniche en grinçant, et, sur le mur, le parfum des premières fleurs d'oranger suspendues comme un visage qui vous fait tourner la tête et qu'estompe déjà la nuit... Adieu Villefranche, adieu ma rade.Où trouverais-je cependant un plus beau paysage, plus apaisant, plus poétique que celui-ci? Les clairons des chasseurs sonnent le couvre-feu. Il faut laisser la lune seule." (Mireille Havet Journal 1924 pp504-8)

Cocteau se souvient "de scènes atroces et de tempêtes, entre autres, ce qui semble drôle, celles de la Villa Le Calme à Villefranche où je me tordais par terre et crachais à la figure de Marcelle Garros." (Le Passé défini T5)

Auric, ami intime de Radiguet, qui ne se mariera qu'en 1930, séjourne aussi en 1924 à la pension Le Calme:

Août, à Jacques Maritain

Entre tous, j'ai choisi Radiguet pour qu'il devienne mon chef d'oeuvre et moi, seul, comme fou au milieu d'une usine de cristal en miettes. Ici j'essaye de vivre. J'y arrive très mal. Auric m'aide. Hélas, que peut-il? J'habite un cauchemar, un autre monde où même l'amitié ne pénètre pas.

 

2 août, à sa mère: Marcelle Garros me soigne. Elle est douce, elle m'aime et sait passer son temps comme une sainte, avec un caractère égal, un souvenir atroce transformé peu à peu en douceur, un absolu mépris des "plaisirs". Auric se traîne de son lit à la table, de la table au piano.

 

12 août, à sa mère: Les chasseurs prennent leurs leçons de clairon toute la journée sous nos fenêtres.

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