Paul Morihien

Selon le biographe Bertrand Meyer-Stabley (in Les amants terribles):

"Cocteau a d'autant plus de mérite de façonner la carrière de Marais que celui-ci lui impose la présence d'un nouveau boyfriend: Paul Morihien. Ancien maître nageur et ancien secrétaire de  de Paul-Louis Weiller, il est à vingt-trois ans, un homme à femmes qui tente une carrière au cinéma. Marais le croise sur le tournage du Pavillon brûle et entame une love-story avec lui, allant jusqu'à partager son lit. Cocteau invite bientôt Morihien à venir dîner au Palais-Royal (...) Le jeune homme, vu ses fonctions précédentes, lui paraît pouvoir l'aider, il lui propose de devenir leur secrétaire à lui et à Marais. Ainsi se forme une espèce d'association, ou plutôt de gentleman's agreement, qui permet à Jean et à Jeannot de continuer à vivre dans une parfaite harmonie mais sur un autre plan que la passion initiale."

Contrairement à ce qu'en dit Jean Marais lui-même (et voila qui explique peut-être l'étrange formulation "dans le film, je rencontrai"), Marais et Paul Morihien se connaissent déjà avant le tournage du film." Pendant son service militaire, Paul Morihien est chargé de la liaison postale entre le ministère de l’Air et Villacoublay. Il prend régulièrement « en stop » Jean Marais et devient son ami."(article de Bertrand Réau sur le genèse des Clubs de Vacances en France).

En fait, Morihien est un peu plus qu'un maître-nageur :" En 1940, Dimitri Philippoff et Paul Morihien retrouvent Tony Hatot, Lionel Marcu et Mario Lewis au Racing Club de France. Ils y forment une équipe de haut niveau en water-polo et en natation (plusieurs records de France y sont battus entre 1940 et 1944)." D’origine bourgeoise, Tony Hatot, Paul Morihien et Mario Lewis, même s’ils ne « faisaient rien », ni étudier, ni travailler (selon Paul Morihien), mais se contentaient de « se laisser vivre » et de « nager », pourront réussir une forme de reclassement temporaire à travers le sport  grâce à la reconnaissance de leur statut de « grands nageurs ».

« Le Racing était le club du plus grand confort : il y avait une piscine et tout était pour nous gratuit. On nous a ouvert les portes en grand parce qu’ils savaient qui nous étions. Ils n’avaient pas d’équipe de natation. On leur a apporté une équipe de natation et de water-polo. […] On était même subventionnés légèrement, on nous payait nos déplacements, nos voyages. […] On n’a plus quitté le Racing ». (Morihien, cité par Bertrand Réau S'inventer un autre monde )

Edmund White, qui put interviewer Morihien, affirme qu'il vécut toute la période de l'occupation "dans la chambre de Jean Marais dans l'appartement du Palais- Royal. Comme Marais n'était pas souvent à Paris, qu'il fût en tournée ou sur un plateau de cinéma, Morihien tenait compagnie à Cocteau, et comme le montre son journal il l'accompagnait fréquemment lors d'expositions ou d'événements mondains. Au début il ne connaissait rien aux livres ou à la peinture, mais de par son avidité d'apprendre, il se forma petit à petit une culture complète acquise de ses contacts quotidiens avec Cocteau." En somme Cocteau répétait avec lui ce qu'il avait appris à Jean Marais.

Et Bertrand Réau d'ajouter: "Son service terminé, Paul Morihien se lance dans l’achat et la vente de « livres rares ». Il n’a pas fait d’études, mais il connaît « le circuit ». Il gagne sa vie ainsi lorsque Jean Marais lui propose d’être secrétaire personnel de Jean Cocteau . C’est un service qu’il demande à Paul Morihien car il doit partir un an pour un tournage en Italie et il ne veut pas que Jean Cocteau « retombe » dans l’opium. Il confie à son ami Paul Morihien la charge de s’occuper des tâches administratives de Jean Cocteau et de « prendre soin » de lui."  On trouve dans les lettres d'Italie de Jean Marais la confirmation de ces dispositions. Il s'inquiète régulièrement de savoir: "Paul est-il à la maison?" Au dos de plusieurs de ses lettres à Cocteau, Marais ajoute fréquemment quelques lignes directement destinées à Morihien.

27 janvier 1943, à Paul “Hélas je ne serai pas là pour Antigone... Je crois que tu deviens un merveilleux collaborateur pour Jean. Bravo!..."

 23 février 1943: “ Je ne sais plus ce que tu fais, où tu es, rien de toi. La dernière lettre que j’ai eu de Jean me disait que tu étais dans le midi à la recherche de Bébé [Christian Bérard]. L’as-tu ramené? Es-tu resté?... J’ai l’impression d’avoir été absent 20 ans..."

”.

Reste une certitude: à peine l'a-t-il rencontré que Cocteau immortalise par un dessin le jeune Paul.

Quand décide-t-il de le faire servir à un projet de plus grande envergure? Il faudra attendre mars 1943...

A défaut de photographies d'époque de Paul Morihien, voici le portrait qu'en dressa Violette Leduc (celle que Beauvoir ne désigne jamais que comme "la femme laide"), invitée à Milly en juillet 1947, tandis qu'elle rédige les dernières pages de L'Affamée.

"Il est jeune. Il est froid. Il me suffoque. Je ne m'appesantis pas sur ses yeux bleus. Ils sont vides. J'ai le vertige au bord du glacier. La bouche est petite. C'est une broderie terminée. Elle a des rapports de justice avec le front. La coupe des joues est une coupe retenue. Entre la bouche et le front, c'est la mesure sublime du nez selon le canon grec. C'est le titre de noblesse. Pas trop en fer, pas trop en chair. La pointe plonge fatalement dans la gorge d'une déesse."

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