Chansons parlées

En 1934, pour Marianne Oswald, Cocteau écrit plusieurs "chansons parlées".

 

Anna la Bonne, se référant au faleux fait divers des souers Papin, eut une influence sur la pièce de Genet Les Bonnes dont Cocteau, qui avait participé à la réduction en un acte de ce lever de rideau, trouva le dénouement: On ignore qui écrivit la ritournelle d'introduction , peut-être improvisée. Dans le style des grandes diseuses à la Yvette Gilbert, Marianne Oswald trouve ici un de ses morceaux emblématiques:

 

Inspiré du poème d'Edgar Poe Annabel Lee traduit par Mallarmé, le texte reste une des productions les plus fascinantes de Cocteau (enregistrement 13 mars 1934)

Anna la bonne

 

 

Ah, Mademoiselle !

Mademoiselle Annabel

Mademoiselle Annabel Lee

Depuis que vous êtes morte

Vous avez encore embelli

Chaque soir, sans ouvrir la porte

Vous venez au pied de mon lit

Mademoiselle, Mademoiselle

Mademoiselle Annabel Lee

 

Sans doute, vous étiez trop bonne

Trop belle et même trop jolie

On vous portait des fleurs comme sur un autel

Et moi, j'étais Anna, la bonne

Anna, la bonne de l'hôtel

Vous étiez toujours si polie

Et peut-être un peu trop polie

Vous habitiez toujours le grand appartement

Et la chose arriva je ne sais plus comment

 

Si. Bref, j'étais celle qu'on sonne

Vous m'avez sonnée une nuit

Comme beaucoup d'autres personnes

Et ce n'est pas assez d'ennui

Pour... enfin... pour qu'on assassine

Nous autres, on travaille, on dort,

Les escaliers... les corridors

Mais vous, c'étaient les médecines

Pour dormir "Ma petite Anna,

Voulez-vous me verser dix gouttes ?

Dix, pas plus !" Je les verse toutes

Je commets un assassinat

 

Que voulez-vous, j'étais la bonne

Vous étiez si belle, si bonne

Vous receviez un tas d' gens

Vous dépensiez un tas d'argent

Et les sourcils qu'on vous épile

Les ongles et le sex-appeal !

 

{au Refrain}

 

Vous croyez que l'on me soupçonne

La police, les médecins

Je suis Anna, celle qu'on sonne

On cherche ailleurs les assassins

Mais vos princes, vos ducs, vos comtes

Qui vous adoraient à genoux

Plus rien de ces gens-là ne compte

Le seul secret est entre nous

 

Vous pensez que je m'habitue ?

Jamais. Elle viendra demain

Vraiment, ce n'est pas soi qui tue

Le coupable, c'est notre main

"Dix gouttes, Anna, mes dix gouttes"

Et je verse tout le flacon

Ah ! Cette histoire me dégoûte

Un jour, je finirai par sauter d'un balcon

 

Et cet enterrement ! Avez-vous une idée

De ce qu'il coûte au prix où revient l'orchidée ?

Elle devait partir sur son yacht pour Java

La Java !

On y va. On y va... On y va !

 

 

Pour la même interprète, Cocteau écrivit (parole et musique!)

 

 

Mes soeurs n'aimez pas les marins

 

Mes soeurs, n'aimez pas les marins
A peine ils sont venus qu'ils partent
Mes soeurs, n'aimez pas les marins
Ils font vivre dans le chagrin
Et les suivre sur une carte
Mes soeurs, n'aimez pas les marins

Mes soeurs, n'aimez pas les marins
Nous n'avons pas vu ce qu'ils virent
Mes soeurs, n'aimez pas les marins
Je les aimais et je les crains
Car ils n'aiment que leur navire
Mes soeurs, n'aimez pas les marins

Mes soeurs, n'aimez pas les marins
La solitude est leur royaume
Mes soeurs, n'aimez pas les marins
Où les suivre et sur quel terrain
On aime en eux que des fantômes
Mes soeurs, n'aimez pas les marins

Mes soeurs, n'aimez pas les marins
Ils vous embrassent pour la forme
Mes soeurs, n'aimez pas les marins
Ils vous mettent le coeur en train
Ils font l'amour et ils s'endorment
Mes soeurs, n'aimez pas les marins

J'en aimais un qui m'a tué
Mes soeurs, n'aimez pas les marins
Leur départ vous casse les reins
Et ils rient des prostituées
Mes soeurs, n'aimez pas les marins

Faute de la trouver sur les sites habituels, on la trouvera ICI

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